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Conception

Quel impact sur la santé au travail ?

 

Les questions cruciales de cette étape

  • Les arbitrages faits entre les différentes options possibles tiennent-ils compte des conditions de production et de travail des trieurs ?
  • Les installations sont-elles prévues pour supporter des fluctuations ou des aléas ?

Ils décident

  • Le maître d’ouvrage public ou privé

Ils aident

  • L’assistant au maître d’ouvrage
  • Les bureaux d’études
  • Les ergonomes
  • Les outils méthodologiques

Esquisses, études d’avant-projet sommaire, études d’avant-projet détaillé, projet 
À chaque étape, le projet se précise et permet de mieux appréhender le travail à venir des personnels. Les futures conditions de production peuvent être anticipées et intégrées au fur et à mesure de la conception de la ligne.

Evolutions techniques et organisationnelles
Réaliser des simulations de situations de travail futures avec des trieurs permet d’anticiper les conditions de celles-ci en intégrant aussi les enjeux de prévention.

La flexibilité
Concevoir des installations et des organisations capables de supporter des fluctuations de gisement, des aléas, des modifications des modes de collecte ou des variations d’effectifs permet de préserver les conditions de travail.

L’ordonnancement du chantier
En raison des coactivités, veiller à la mise en sécurité des installations et des intervenants.

 

 

Comment agir ?

Les modalités de prise en compte des questions de santé et de sécurité au travail vont dépendre des modalités de marché et donc des relations entre les acteurs. Néanmoins les questions restent posées.

Tenez compte des possibilités d’évolution du site dans la conception du bâtiment ou de l’installation

  • Traduire l’évolutivité du site : développer des scénarii d’évolution du site. Les choix de conception doivent être en cohérence avec l’évolutivité pensée lors des études de faisabilité (stock amont, place disponible sur le site… la réflexion est à intégrer dès cette étape).
  • Se poser la question des critères de jugement des offres : généralement, lors de la conception-réalisation, le critère du coût est souvent de 40%. La tendance est donc de réduire au maximum l’espace dans le bâtiment… au détriment de l’évolutivité, donc de l’avenir. Un critère d’évolutivité est donc pertinent.
  • Choisir un terrain qui puisse s’adapter aux évolutions.

Mettez en place un groupe spécifique avec les compétences pertinentes (ergonome, exploitant…), pour traiter des situations nécessitant des compromis

  • S’appuyer sur des prérequis en matière de santé et sécurité : l’ED 6098, les normes sur la conception des cabines de tri, le protocole de chargement et de déchargement des matières, l’intervention sur les machines, le travail en hauteur…
  • Prendre en compte les dimensions cognitives et psycho-sociales du travail : la performance future du centre de tri dépend surtout de la capacité du collectif humain à faire face aux variabilités, à développer des savoir-faire, à créer des relations, à mobiliser de l’intelligence.

Un opérateur de tri par exemple développe une activité mentale intense sous forte contrainte temporelle :

  • activité visuelle : scrutage du flux, repérage de chaque objet à extraire, de ses caractéristiques dimensionnelles, de son positionnement sur le tapis…
  • activité sensorielle : prise d’informations tactiles via les doigts…
  • activité cognitive : mémorisation, analyse, arbitrage, pilotage de l’activité physique de tri (gestes de tri)…
  • échanges visuels et verbaux entre trieurs : informations opératives, entraide, renforcement esprit d’équipe, ambiance…
  • l’opérateur a besoin d’être managé, c’est aussi un être social. Un bon management des équipes de tri permet de résister à la réalité du quotidien et d’assurer la productivité du centre de tri. La cabine, les postes de travail, les lieux de formation, l’organisation des espaces de pause doivent traduire ce besoin de management.
  • Tenir compte des besoins des personnels et de l’accompagnement de population spécifique telle que les personnes en réinsertion professionnelle. Chaque activité doit être pensée : formation, caractérisation, descente et lieux de passage et d’échanges avec les conducteurs d’engin, etc.
  • Mobiliser des compétences, pour analyser localement les situations de travail pénibles, qu’elles soient potentielles (en phase de conception) ou réelles (en phase d’exploitation). Intégrez cette connaissance dans la conception des situations de travail.
  • Prévoir la prise en compte des éléments des facteurs de variabilité organisationnelle : par exemple l’intégration de salariés en réinsertion professionnelle doit être prise en compte puisque cela impact généralement le dimensionnement des espaces communs ou nombre de poste de travail, comme pour la formation des opérateurs en présence du tuteur par exemple.
  • Evaluer les effets des actions de prévention mises en place, à tous les niveaux de l’installation.
  • Mener une démarche d’amélioration continue, avec les partenaires sociaux du projet : assurer un accompagnement humain des équipes pour les mobiliser dans le projet (changement de site sur une période transitoire, modification des tâches, etc.). Attention : l’accompagnement des équipes dans le changement ne passe pas uniquement par le fait de demander l’avis aux personnes, il est nécessaire de les accompagner tout au long du projet.

Analysez localement les situations de travail pénibles

  • Anticiper l’activité future probable des personnels, en simulant certaines situations de travail, telles que :
    • la formation des personnels aux équipements et aux installations
    • les imprévus qui ne peuvent être anticipés dans la conception
    • la mobilisation des acteurs dans une démarche projet
    • la réception des marchandises, le tri, la maintenance, l’activité de régulation de type bourrage, la caractérisation, la conduite des engin, nettoyage…
    • Analyser la capacité de résistance de l’outil à la variation du gisement, pour cela il convient de tester par des simulations des bilans matières, les taux de refus, etc. et l’impact en fonction du nombre de trieurs en cabine. Dans ces simulations, il sera nécessaire de tenir compte des cadences de tri.

Concevez les installations à partir des situations de travail futures

  • Se projeter dans l’ensemble des situations de la vie d’un centre de tri, y compris les imprévus : comment s’opère la régulation des process ? Qu’en est-il des opérations de sur-tri ? Que faire en cas de maintenance ou de nettoyage ? Quelle surveillance du process en cas de bourrage ? Quelle autonomie des équipes pour régler une machine ou un équipement ? Quelle accessibilité des espaces, notamment en bout de tapis ?
  • S’assurer que les documents respectent le circuit de diffusion, entre les concepteurs et les exploitants, par exemple, au sortir des réunions de conception, qui sont contractuelles. Stabiliser lors de la réunion de lancement les modalités de partage et de validation des documents.
  • Mettre en place une démarche d’amélioration continue en amont. Faire participer les futurs utilisateurs aux choix de conception dans une démarche structurée et objective permet d’améliorer l’appropriation du projet et de limiter les déceptions post conception.
  • Envisager les situations suivantes :
    • les conditions physiques et environnementales, telles que l’ambiance thermique, le flux d’air (par exemple, les plénums situés au-dessus des opérateurs), l’accès à la lumière naturelle,
    • le poste de travail en cabine : comment s’adapte-t-il aux différences anthropométriques des opérateurs ?
    • l’environnement de travail : la propreté du centre de tri est-elle assurée dans le temps ?
  • Tenir compte des principes généraux de la prévention, notamment des directives européennes, qui précisent de supprimer le risque à la source, d’adapter le travail à l’Homme, de tenir compte de l’évolution de la technique.
  • S’assurer que les implantations permettent les flux de matières et la circulation des personnes, en tenant compte de la santé et de la sécurité de ces dernières :
    • les accès et les espaces de travail doivent être prévus et sécurisés pour éviter les risques mécaniques et ceux liés au travail en hauteur.
    • les accès doivent permettre la réalisation des activités de surveillance et de maintenance du process. Il faut simuler dans le détail la réalisation des différentes opérations pour se rendre compte des conditions d’exécution (exemple changement des moto-réducteurs, changement des bandes des convoyeurs, mais aussi nettoyage des fonds de tapis…). La mobilisation d’opérateurs expérimentés est ici nécessaire.
    • les cabines de tri doivent être conçues en cohérence avec les normes en vigueur.

 

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